Il n’est jamais simple de commencer un article surtout lorsqu’il s’agit du premier, qui doit introduire une longue et fructueuse collaboration d’investigation artistique.

Chroniquer un live de l’empereur, l’aigle de Carthage, le roi de la crasserie, véritable vaisseau de la scène trap Française, père et parrain de la nouvelle génération de rappeurs me paraissait une belle occasion de sortir de ma zone de confort, véritable écart de conduite en presque 25 ans de concerts.

Critiqué par les uns pour ses positions polémiques, bien que le personnage lui-même les adoucissent aujourd’hui, adulés par les autres pour sa capacité à s’entourer de ce que la nouvelle génération propose de plus pointue en leur accordant des feat premium (Freeze Corleone, Romeo Elvis, Lomepal, 25G, Kalash Criminal, Vald, Seth Gueko, Luv Resval…), Alkpote soigne son image à la croisée d’un Doc Gynéco en début de carrière et d’un Alain Delon  pour sa manière de parler de lui à la troisième personne.  Il a un style unique façonné à coup de substances lubriques et illicites, maitre de l’anaphore par sa capacité à rendre ses lettres de noblesse à la version courte de péripatéticienne avec autant de simplicité qu’un merci ou un bonjour.

Les instrus massives de DJ Widdim portent des punchlines aussi sales qu’un director cut de Snuff movie. Fort d’un charisme et d’une technique vocale hors norme dans ce milieu, l’Aigle de Carthage voit sa carrière prendre de la hauteur avec à la clé un succès commercial et une reconnaissance d’un public qui dépasse les frontières de la trap.

Alkpote, Le Rocher de Palmer, 08 février 2020

Après plusieurs mois d’immersion sonore, de visionnage de ses clips, interviews et autres pépites salaces où l’on découvre un personnage drôle, « ovniesque », la perspective de le voir en live m’émoustillait quelque peu. Pour tout dire, je m’attendais à me sentir un peu seul dans une salle pleine de « lascars », anesthésié dans des vapeurs narcotiques…. Arrivé au Rocher de Palmer à temps pour découvrir la première partie « sans nom », armé d’une seule pinte de bière, j’entre dans une salle à moitié remplie (ou pleine) tout dépend si l’on fait partie de la police ou des syndicats. Et là, je suis interloqué : la première partie avec ses deux chanteurs et son Dj fait le maximum pour allumer un rocher un peu endormi qui attend l’arrivée de l’empereur. Un public, propre, cheveux courts, jeune (très jeune), plutôt bourgeois, venant s’encanailler et reprendre en coeur les succès de l’empereur. J’arrive à me frayer un chemin jusqu’à la barrière de sécurité qui me sépare de la scène aussi facilement qu’un lance-flamme dans du beurre. Je sirote ma pinte et j’attends avec impatience la fin de la première partie.  

Luv Resval et Savage Toddy, Le Rocher de Palmer, 8 février 2020

Après une intro du MC, exhortant un public qui s’est densifié à l’approche de l’atterrissage de l’aigle, Alkpote entre sur scène et immédiatement je comprends ce qui fascine tant son public (dont je fais aussi partie) : une présence sur scène, une connexion avec un public qui reprend avec plaisir ses punchlines les plus mythiques, tous les titres ne sont pas joués en entier et l’effet pervers des excellents feat de son dernier disque Monument, se fait sentir en l’absence du binôme. L’empereur le sait et offre à un public aux Anges, un très beau feat avec Luv Resval et Savage Toddy  (le frère du premier) sur le morceau Mariah. Il offrira une deuxième occasion à Luv de profiter du public Bordelais le temps d’un « Célébration » massif. Le morceau « Joe Dalton » verra l’ambassadeur s’éclipser pour offrir la scène à Luv. 

Alkpote, Le Rocher de Palmer, 08 février 2020

En 1h40, l’empereur a embarqué une jeunesse Bordelaise hypnotisée sur des pentes glissantes, sales et enfumées en l’hypnotisant pour ce Go Fast “Gonziesque”, glissant ici et là quelques allusions “Régionales” : cannelés, Alain Juppé, chocolatine…  Au final une offrande généreuse qui contribuera je pense à faire perdurer son règne….

Dernier album en date : Alkpote – Monument  – Sony Music –  8 novembre 2019