En avril dernier, j’ai assisté à un très beau moment. Enfin non, à deux très beaux moments. J’ai découvert deux artistes aux univers à part. Une que j’écoutais déjà et dont les mots m’avaient touchés, une autre dont je ne savais pas grand chose si ce n’est que c’était la soeur de celle qui chantait en tête d’affiche ce soir là. Je ne savais pas à quoi m’attendre et comme souvent lorsque l’on ne s’attend à rien, on reçoit beaucoup.

photo Elodie Daguin

 

Ce soir là, j’étais venue photographier Clara Luciani pour son premier Olympia. L’émotion était présente, sincère et délicate: des qualificatifs qui correspondent bien à cette famille d’artistes.

En première partie, il y avait Ehla. Clara l’a annoncée ainsi, en chaussettes, cachée derrière les rideaux “c’est ma soeur, je vous la prête un peu”.

Ehla est arrivée et a commencé à chanter.  A ce moment précis, il s’est passé quelque chose qui résonne encore en moi aujourd’hui. J’ai compris et entendu ses mots. On peut trouver Ehla sympa mais l’artiste qui parle avec son coeur et chante avec ses maux vous accroche l’âme. On dit souvent qu’il faut être objectif dans les médias mais on oublie que lorsque l’on parle de musique, il faut avant tout être sensible.

Je serai donc subjective et réceptive.

Au delà d’être une artiste, Ehla est une jeune femme comme toi et moi. Une « cool kid on the dancefloor », une nana qui a grandit dans les années 90’s, qui porte plus de baskets que de talons, qui a écouté rap, hip hop, de la soul, et du rock, qui a découvert la ferveur de l’électro et de la musique sur des machines. Son premier synthétiseur lui a été offert à 15 ans.

Ehla prend son temps. Elle avance et compose avec lenteur. Aujourd’hui, tout le monde semble vouloir aller trop vite, sans savourer. Alors qu’écouter une voix, se laisser toucher par des textes et des mélodies est pourtant si plaisant. C’est un peu ce qui vous envahit quand vous écoutez Ehla. Sa voix est feutrée, on y distingue des sonorités diverses passant de Lauryn Hill à Alicia Keys. Quand je lui demande comment elle défini son originalité  aujourd’hui, elle me répond très simplement :” en étant la plus sincère possible”

Elle le dit elle même “Je suis une meuf badass mais différemment. Je suis sincère avec moi-même et avec les gens. Plus je suis honnête plus on m’apprécie.”

C’est dans cette optique de vérité qu’Ehla chante désormais en français. Au début, ce ne fut pas si aisé. L’anglais est une belle langue pour les voix suaves mais Ehla me confie qu’elle avait l’impression de perdre le groove. Pourtant, elle m’explique que “chanter en français est plus fort: « Je m’adresse directement à mon public. C’est une belle manière de contrer la pudeur ».

De pudeur, Ehla en est pleine. Il suffit de regarder son visage, d’observer l’esthétique de ses images et d’apprécier les mots et maux qu’elle chante. L’analyse de l’autre est très présente dans sa musique. En tant qu’hypersensible elle  remarque les subtilités et les détails. C’est parfois très brutal, mais sa créativité ne connait pas de frein.  Il suffit d’écouter “Antidote” pour saisir la brutalité empreinte de douceur d’Ehla. Ce titre est selon moi une belle allégorie de son univers et du monde de la musique. On a tendance à choisir la facilité, s’engager sur le chemin le plus simple, alors qu’il faut, envers et contre tout s’accrocher.

 

Dans ses textes Ehla parle avec sensibilité de son histoire, d’un sentiment connu de tous ceux qui changent de ville, se déracinent, de ceux qui ne sont “pas d’ici”. Ce titre est une pépite. Ehla l’avait chanté lors de ce fameux soir de Mars et j’en avais eu les larmes aux yeux. Elle m’explique que c’est un morceau très personnel qui ne définit pas seulement le sentiment de ne pas être à sa place mais le sentiment de n’appartenir à rien. Créer des mélodies et transmettre des émotions à travers elles est une manière d’exister et finalement, de n’appartenir à personne mais de s’appartenir à soi.

Montaigne disait : “Il se faut prêter à autrui et ne se donner qu’à soi-même.”

Comme Clara Luciani nous l’avait annoncé en ce soir de Mars, elle nous la prête un peu. A nous public de nous l’approprier.

Son authentique EP sortira le 28 février: préparez vous à prêtez vos oreilles à Ehla, et plus si affinités.