Égrégore (n.m.) : concept ésotérique désignant un esprit de groupe influencé par les désirs communs de plusieurs individus unis dans un but bien défini.

C’est donc cela qui habite les six membres du groupe Catastrophe. L’égrégore, rituel d’avant concert que Carol nous explique ici. Ils ont délaissé leur ensemble jogging émeraude pour des costumes de scène, de chaque couleur, formant un arc-en-ciel collectif, dans lequel toutefois perce chaque individualité.  Ils se déplacent ensemble, telle une vague. Une vision cinématographique, magnétique, qui pousse à les regarder, les appréhender. Une troupe de gangster en plein trip cold wave. Ils sont beaux à voir.


C’est Catastrophe. Ils assènent les premiers coups de baguette. Les premiers rythmes. Fièrement. Les baguettes levées victorieuses, tout droit vers le haut, mettant la foule au défi. La voix d’Arthur résonne, grave et sympathique : «ce qui se passe à cet instant ne se reproduira plus».

On commence par un be bop endiablé (Be Bop Record). L’évidence est là : l’harmonie vocale s’allie à l’homogénéité visuelle. Une énergie scénique impressionnante, solaire, entre la performance, le spectacle et le concert. Il n’y a pas de leader, chacun change de place, se déplace en quelques pas de danse.

Pierre quitte désormais la sédentarité de son clavier pour venir poser sa voix sur la musique planante, entre rêve et réalité, de Virtual Experience. Un rap US rythmé sur une bande son quasi cloud expérimentale. La danse des autres membres s’adaptent : le groove année 70 laisse place au déhanché hip hop.

Blandine reprend son souffle. On est plongé au sein d’une séance de lecture de poèmes, de déclamation de mots forts et légers. «Moque toi de ta propre moquerie». On enchaîne sur «Nuggets» qui nous transplane alors devant une chorale, une symphonie. Un orchestre sans corps semble vivre désormais sur scène avec eux.

Party In My Pussy succède, le titre le plus streamé sur Spotify. Ça serait la phrase qu’une mamie aurait confié à Pierre, un jour, dans la rue.

Beau Voir a retrouvé la grand-mère : apparemment, c’est vrai. Elle aurait même dit « wallah frère j’te jure».

On vous laisse juger de la véracité de ces informations.

Carol et Blandine avancent vers le public. Ils sont munis d’un récipient contenant des papiers pliés en quatre. Des petits mots, laissés par le public, exprimant leur plus grande peur. Ils s’apprêtent à les clamer, puis les manger. On assiste à l‘engloutissement des peurs des uns et des autres. La mise au défi continue.

Les histoires chantées s’enchainent. Et puis, d’un coup, ils s’enfuient. En courant. Comme pour accentuer l’éphémérité du moment qui vient de se passer.
L’acte est terminé.

Le public du Chien à Plumes n’a toutefois pas forcément été réceptif à cette performance, entre trip musical, symphonie et oeuvre théâtrale.

Pourtant, Catastrophe, ça en vaut la peine. C’est une énergie colorée, instinctive et sans limite qui te fait passer un moment hors du temps. On m’a soufflé dans l’oreillette qu’un gros projet arrivait, avec des danseuses, des jongleurs et des cracheurs de feu.

Encore une fois, on te laisse te faire ta propre idée.

Sarah Yarmond