Une véritable institution familiale. On me relate un trajet, été 1998, Paris – Oloron Sainte Marie. Moi, quatre ans, chantant à tu tête dans mon siège auto, « Andy, dis moi oui, Andyyyyyyyyy ». Un souvenir d’un instant de bonheur, brut et massif pour moi et de torture pour mes frères et sœurs devant supporter mon timbre de voix plus que douteux.

Le fait est que ma vie fut et aspire à rester rythmée par une multitudes de sons endiablés sauce Rita Mitsouko. Une maman pleine d’audace et de féminité, à l’image de l’artiste que je rencontre, ce soir là, pour la première fois au Rocher de Palmer, du haut de mes vingt six ans.

photographe : Miléna Delorme

J’arrive dans cette salle pour cette date classée complète depuis plusieurs semaines déjà. Les premières notes retentissent et la grande petite Dame prend place sur scène sans nous laisser le temps d’oublier que* « les histoires d’amour finissent mal en général ».* Je suis sûrement une des plus jeunes de la salle, mais j’accepte et arbore fièrement mon insouciance et admiration pour ces musiques légendaires de notre culture française.

C’est alors la rencontre avec elle. Catherine, être loufoque et diaboliquement féminin. Dès le début du spectacle, c’est une femme sans filtre et fidèle à elle même qui se présente au public de fans fidèles. Et quoi de mieux que de laisser tomber son micro pour parler directement à son public?
Catherine ne chasse jamais son naturel, il reste là, sans détours ou faussetés et croyez-moi, cela prend une place magnifiquement vraie. Une tornade de bonne onde, rythmée par des classiques inclassables de l’âge d’or des Rita.

Les « ouwou ouwou » de Marcia résonne alors dans la salle… dès lors, cette femme aussi atypique qu’inimitable prend possession de la scène et de la salle entière accompagnée de ses musiciens. Entre mouvements corporels et notes saugrenues, l’artiste nous fait sourire, puis réussit à nous tirer une petite larme en ravivant la flamme de nos souvenirs. Le public hétéroclite ne rate pas une seule parole. Une aude à l’acceptation de soi, où personne n’est surpris de chanter avec le mec d’à côté ou d’utiliser sa voix pour pousser un cri.

Je reste bouche bée devant, ou plutôt derrière une femme du public. LA fan, une quarantaine d’années, venue rencontrer son idole Catherine avec ses copines, « elle est belle hein », « j’adore », « merci catherine ». Une femme qui ne s’excuse pas d’apprécier son concert en bousculant les codes (et un peu les gens). Mais après tout c’est aussi ça la musique non? L’expression, la vie, se sentir bousculer.

Je vis ça de mon côté, le sourire aux lèvres et pense à ma famille, mon enfance. Catherine Ringer, les Rita Mitsouko, véritable passion partagée dès le plus jeune âge et en famille (et élément sans doute culminant de ma rencontre aux mots.)

Une poésie assumée, française et puissante.

Tantôt sensible, tantôt rebelle, cette poésie résonne encore et encore…une transe marginale et originale s’empare de Catherine qui nous chante un air à travers sa masse de cheveux.
On aime cette sincérité. Entre véritable concert et pièce de théâtre, l’artiste saisit chacun de nous et nous emmène à la re-découverte de sa planète. J’obtiens la satisfaction ultime aux notes de « Andy ». C’est mon tour de me souvenir (vous l’avez ça y est? Le fameux trajet en voiture) et bon sang que c’est bon! Je me surprends à chanter à tue tête à mon tour.

Un spectacle pour les yeux et les oreilles, où cette artiste renommée rend un hommage merveilleux à son amour de toujours, et nous rappelle que malgré le temps qui passe, le talent, lui, demeure éternel. Je suis fière d’avoir vu une telle artiste. Merci Catherine, et à bientôt, sur les routes ou sur une autre planète.