Entre été et automne, entre mer et terre, chien et loup, le Roscella aborde fièrement ses couleurs depuis cinq ans. Festival familial à la programmation pointue et cosmopolite, le Roscella est de ces endroits dont on ne peut plus se passer.

Il y a trois ans, j’arpentais pour la première fois le sol de La Rochelle. J’étais bénévole dans un festival près du port, en face d’un phare blanc et rouge. Un décor minimaliste, léger et charismatique. On tombe sous le charme aussi vite qu’un coup de foudre, et on se laisse porter par le magnétisme de cette ville. Pour parfaire le décor, il y a le Roscella.

J’avais d’abord été séduite par le nom puis envouté par la programmation. J’y avais découvert JACQUES, sous une structure de bois, sans barrière, à même le public. Et bordel, ça avait été le coup de coeur de mon année. J’y ai gardé un souvenir si tendre et dynamique que lorsque j’ai fais mes armes photographiques, il m’a semblé tout naturel d’offrir mon oeil au Roscella.

Je me souviens encore de l’air marin, de la sensation du soleil sur ma peau, et de ces sonorités, simple mais efficace. Cet espace toujours niché près de l’eau pour ne jamais perdre de vue l’horizon. Soyez quelques peu indulgent, je risque fort d’être subjective et subjuguée car comprenez, l’océan est ma maison et la musique mon ciel.

Pour vous faire une idée pensez à cette belle citation de Jean Cocteau qui disait : « Je veux qu’on me bâtisse une musique où j’habite comme dans une maison ». Cette musique c’est le Roscella. Artiste après artiste, l’effet est durable. On assiste à une bienveillance musicale et humaine. Car le Roscella, avant d’être festival est humain. Des amis qui grandissent et travaillent ensemble. Une grande famille qui se marre et qui s’écoutent. Des bras tendus et des câlins, des sourires et des « ça va ? ». Des amis qui protègent notre planète via une charte Eco-Responsable et qui font du Roscella Bay un festival vert et non polluant. Ce genre d’endroit où si il y a un déchet par terre, il est ramassé par toi, moi, nous.

Tu viens ? On retourne un peu dans l’été indien, sur la baie de La Rochelle.

Deux jours au Roscella (c’était un week-end de trois jours, vendredi, samedi, dimanche, mais je n’ai pas m’y rendre que le S/D, obligation professionnelle tu connais)

SAMEDI

On a eu de la chance, il a fait beau et chaud. Les derniers instants de grâce avant l’arrivée massive de l’automne et de l’hiver. Les derniers rayons chaud de soleil. Et surtout, qui dit soleil, dit coucher de soleil, et quand le soleil se couche sur les sonorités d’un Folamour ou d’une Mafalda, on se sent un peu touché par une grâce divine (non je n’en fais pas trop, cf plus haut, relisez la partie être indulgent).

Pour accéder à cet ilot de paradis, rien de plus simple. Il vous suffit de vous munir d’un pass week-end à 49euros. 49 euros, c’est comme si on brader le bonheur.

Le festival est à taille humaine, on ne s’y perd pas et on aperçoit ses amis dans la foule. Juré, même du haut de mon très grand 1m61, je n’ai perdu personne. Bon, aussi parce que le premier jour je suis venue avec personne, mais franchement … voilà.

Le samedi, ouverture des portes à 16h00 avec Theo Terev du collectif La Mamies, un quatre heure doux et salée (la mer à côté, toussa toussa). Niché entre les arbres et derrière une scénographie bateau (un vrai bateau, pas une scénographie en carton, enfin le bateau est fait un carton. Bref) C’est très chouette, c’est sympa et enivrant. Pour rejoindre ce bateau qui groove, il faut emprunter un chemin, caché sous une structure en bois coloré et deux haies. C’est agréable, on s’évade en quelques pas.

17h00 c’est l’heure du groupe MALPHINO. Petite pépite ensoleillée, avec plein d’instruments sur scène ; un accordéon, des maracas, un djembé, une guitare, un cylindre qui fait du bruit, bref c’est la folie. Un peu l’orchestre des Aristochats (tu vois ?).  C’est aussi pour ça que j’adore le Roscella. Pour ces musiciens et leurs instruments à foisons sur scène.

18h10, est une heure importante de ce samedi. Un groupe d’amis originaire de La Rochelle, se reforme. On entend les murmures dans la foule, « What the funk, revient ». Et des paires de yeux concentrés et émues se tournent vers la scène et profitent fièrement de ce moment de grâce. Effectivement, les aléas de la vie, ont fait que le groupe a du se séparer. Et, croyez-moi quand je vous dis que c’est bien dommage. Et au vu de l’affection du public pour ce What the funk, il est clair que le sentiment est partagé. Sept personnes unis pour l’amour du funk, chacun avec son instrument, c’est un moment intense et chaud. Grosse acclamation du public, la légende dit qu’à La Rochelle on applaudit encore.

18h45, Mafalda la merveilleuse arrive sur scène. Petit bout de femme au grand sourire. Si vous avez besoin d’une définition du bonheur, observez-la, pendant qu’elle mixe. Pendant qu’elle choisit scrupuleusement ses vinyles. Elle rigole, sourit et s’amuse. Si bien qu’il est impossible de ne pas prendre le pli avec elle. Tournez la tête, ouais votre voisin sourit aussi. Pour parfaire la joyeuse panoplie, ses mixes sont colorés et chaloupe selon la houle, c’est-à-dire du bon côté. 

Et de l’autre côté, sur le bateau en carton Jamie 3:20 prend les commandes. Ça balance pas mal  au Roscella (ouais je sais, je suis un peu ringarde). Jamie 3:20 nous accompagne jusqu’au coucher du soleil et s’occupe de la nuit jusqu’à 20h30. Le phénomène coréen, Park Hye Jin distille une tech-house qui résonne encore dans mes artères. J’ai pris une claque, de ce genre de claque qui vous tombe dessus quand vous découvrez un artiste en live. Pour la première fois. Tu as la sensation sur ta joue là ? Parce que moi encore.

Encore un peu sous le choc , je n’ai pas trop saisi le changement et l’arrivée de Beta Librae. New-York vibes. Et comme on ne peut pas être tous le temps concentrée sur le son, je ne pourrais que vous conseiller d’aller l’écouter, car pour ma part, j’avais le cerveau dans mon appareil photo.

Ne sentant plus trop les membres de mon corps, épuisés par tant d’émotion, j’ai pris la clé des champs et je suis rentrée très très lentement à mon Airbnb. À l’autre bout du Roscella. A la limite de la sortie de La Rochelle. Qui cela dit, est une ville très agréable pour marcher le soir. Il y a même des endroits où y’a personne.

DIMANCHE

Mon jour préférée. La programmation alléchante fait de moi un petit être hystérique qui n’a qu’une seule hâte : danser et photographier en même temps (bientôt une chaine youtube pour les tutos).
Surtout qu’aujourd’hui, je ne suis plus seule. J’ai enfin des copains à ne pas aller voir parce que je suis trop concentrée dans mes photos.

J’arrive sur le pont à 15h30, toutes voiles dehors (ce n’est pas une métaphore, j’avais une chemise blanche ample, et il y avait beaucoup de vent, donc de temps en temps j’étais un peu à poil).

Je prends donc la température en m’allongeant dans un transat et en tapant la causette à la fille à côté de moi, et le temps s’arrête. Le dimanche au soleil, clope au bec et encore et toujours des sourires. J’habite dans ma maison de musique.

Et là, un homme avec des machines arrive sur scène. Mangabey. Comme dans manga sur la baie. Sérieusement, c’est très très cool. Parfait pour une après midi ensoleillée. Sur scène, j’essaie de comprendre un peu le mécanisme de ce garçon, il pivote entre plusieurs machines, je suis assez fasciné par la capacité de ces personnes à créer, enjoliver, faire vivre des mélodies avec des machines. Du coup, je suis un peu scotché au son. Malgré tout, je prends le temps de poser mon appareil photo et de filer retrouver mes amis pour groover avec eux.

 

Et c’est alors qu’un vent d’amour s’empare du Roscella (au point où on en est, un peu plus ou moins hein) en la personne de Blu Samu. Avec son DJ LOUMANA, elle assure le show sur cette scène qui la rapproche encore plus de son public. Blu est de ces artistes qui communique avec le public. Au-delà de son flow, c’est une femme avec le coeur gros comme ça (là, vous imaginez mes bras s’ouvrir en grand grand). Elle nous parle beaucoup, nous explique ses chansons et nous invite vraiment à danser avec elle. Moment coup de coeur, quand elle nous demande d’enlacer un être cher qui est près de nous, ou de s’enlacer tout simplement car c’est la chanson du love. On ne meurt pas d’une surdose d’amour. Blu fini en soutif, accroché à la barrière en chantant haut et fort, toujours plus près de son public.

J’ai le coeur qui bat la chamade, on discute un peu, elle est vraiment en or. Simple et brut.

Et, je tourne la tête, je cherche Folamour sur scène, introuvable. Pourtant, le groove résonne dans mes tympans. Toujours aidé par mon très grand 1m61, je me hisse sur la pointe des pieds et je l’aperçois, bob visé sur la tête, de l’autre côté des barrières. À MÊME LE PUBLIC. Boiler room style. C’est parti pour deux heures de gros gros kiffs. Folamour, j’en suis tombée follement amoureuse au Garorock 2019.

Il jouait sur la scène du camping, en plein après midi. Il faisait 50° degrés et j’étais ivre de Spritz (insupportable quoi). J’ai dansé comme si ma vie en dépendait, j’ai fait des bonds telle une biche qui s’entraine pour les olympiades. Je n’ai pas tout compris, mais j’avais clairement le rythme dans la peau, et le folamour dans le coeur. J’ai ressenti toutes ces émotions au Roscella. Sauf que là, je  l’ai photographié.

Là, face au soleil et à la foule, Folamour est dans son élément. Et moi aussi. Campé derrière lui pour profiter et photographier à souhait, je prends mon temps. Deux heures de mix. Je profite de mes amis et de l’ambiance. Puis je décide de me faufiler et de me positionner devant lui. S’en suit une série de « pardon, excusez-moi, je passe, poussez-vous, oui non en fait je vais photographier ». A force de sourire je finis par arriver tout devant. Genre je tends le bras je peux lui prendre son bob. J’en profite pour rester là quelques temps. Hanche à droite, hanche à gauche, bras en l’air, pieds fébrile et voilà. J’entame la danse du coupé décalé. Je prends ma dose de soleil et je finis par battre en retraite retrouver mes amis pour ne plus les quitter jusqu’à la fin.

 

Sur le chemin, je croise le concours de lancé de charentaise. Sincèrement, il faut voir, au moins une fois dans sa vie un lancé de charentaise. Par dessus la chaussure, ou non, on enfile une charentaise (c’est une pantoufle ultra confortable), on vise et on lance. Droit, approximativement mais on lance. Et on se marre.

L’heure du dernier concert arrive. Une pointe de tristesse, de nostalgie et d’amour flotte dans l’air. Sur scène, on retrouve des musiciens au grand coeur, avec des rythmes venus d’ailleurs qui adoucissent les moeurs. On est tous un peu fou, pas sûr de nous du tout, et on assiste avec folie au live de Pat Thomas et Kwashibu Area Band.
Lors des derniers instants, je suis sur scène, les pieds perdus dans les fils, le corps beaucoup trop près du vide, mais je n’ai pas peur. Car la musique et l’équipe du Roscella sont là.
Protection maximale.

C’est fini. Le Roscella fête ses cinq ans. C’est un anniversaire des plus réussi.

Merci pour ton soleil, merci pour ta baie et ta gentillesse. Merci pour tes sourires, tes rires et tes rencontres. Merci de m’avoir rattrapé lors de ma chute, du haut des subs.

A l’année prochaine 

Vous pouvez retrouver toutes les photos du Roscella sur mon site : ici