Tu te souviens de Caesaria ? Je les avais vus au Festival de la Paille et j’avais été bluffée par leur présence scénique et leur énergie percutante. Si tu traînes par ici depuis le début, tu auras compris que la démarche de Beau Voir est de se détacher du concept de «consommation» de la musique et de se rappeler qu’un musicien est un artiste. D’où ma volonté de me dégager des codes habituels de la rédac’, et d’avoir la liberté de parler de révélations musicales en dehors de toute promotion de produits (place de concert, album à acheter…). 

C’est aussi la première interview sur Beau Voir, et je dois avouer m’être longtemps interrogée sur la nécessité de raccourcir les phrases, de les ré-arranger pour en supprimer quelques tics de langage. Et puis finalement, la sincérité de la démarche m’a percutée : nous ne sommes pas des politiciens dont les discours doivent être chiadés et élaborés en amont. Ré-arranger les dires d’un artiste, c’est déformer son propos.
Et on a du mal à concevoir de te faire découvrir la personnalité d’un artiste en modifiant sa façon de s’exprimer. 

Alors voilà, j’ai découvert Caesaria (KA-E-SARIA). J’ai trouvé qu’ils étaient super cool et qu’ils méritaient qu’on parle d’eux. Donc, parlons d’eux ! J’ai appelé Théo, le chanteur : on a discuté pendant une trentaine de minutes comme deux potes qui ne se sont pas vus depuis longtemps, et dont l’un lui confie son projet musical. C’était vachement chouette et on a beaucoup ri. 

S : Je vous ai vu au festival de la paille. Ça a été personnellement ma révélation des festivals cet été. Il faut qu’on en parle ! 

T : Avec plaisir ! 

S : Comment tu présenterais ton groupe à quelqu’un qui ne vous connaît pas ? 

T : Ce qu’on dit souvent, c’est qu’on est un groupe de club rock. C’est un mélange entre rock et électro,  on fait de la musique pour danser mais sur des instruments organiques, c’est-à-dire que tout est joué. C’est un mélange entre la musique organique du rock et l’énergie, avec la puissance et le côté hyper sec de l’électro. 

S : J’ai vu que vous étiez quatre copains du collège ?

T : Ouais, on se connaît depuis la 6ème. C’est avant tout une histoire d’amitié. On était amis avant de faire de la musique ensemble. C’est chouette quand tes collègues sont tes amis. 

S : J’ai vu que Caesaria c’est inspiré de la femme de César, Cléopâtre. Un peu autour de l’idée d’une muse. Justement du coup, comment vous êtes arrivés à vouloir faire de la musique. Est- ce que vous même vous aviez une muse, une envie de création ? Qu’est ce qui vous a poussé à cette envie de créer ? 

T  : On a toujours eu un peu ça, c’est-à-dire, on faisait un peu de la musique chacun de notre côté. Thomas, le bassiste, était mon voisin. Je suis allé le voir, je trouvais qu’il avait des gros doigts, je lui ai dit «viens on fait un groupe et toi tu fais de la basse.» Il m’a dit «ok vas-y» et il s’est acheté une basse dans la semaine. Louis, aux claviers, m’a racheté ma première guitare. On avait d’autres projets avant, il venait à nos concerts en tant que public. On était potes, on traînait avec lui et puis on lui a dit «viens dans le groupe ça peut être cool». Et voilà ça s’est fait petit à petit comme ça. 

On a eu plusieurs projets avant, mais Caesaria c’est une vraie volonté de mélanger des genres, de faire un truc rock car nous on vient de là, c’est ce qu’on aime, ce qu’on écoute, mais en même temps on s’est ouvert aussi à d’autres choses, ces musiques un peu techno. 

S : C’est vrai, je trouve ça assez étonnant quand on écoute vos 2 EPs. Il y a une volonté beaucoup plus affirmée entre les deux. Je vous trouve beaucoup plus hargneux sur le 2ème,  mais on y reviendra plus tard. Je trouve que c’est très difficile de vous mettre dans des cases, alors tant mieux, sans doute, pour vous ! Mais tu vois quand on écoute un truc, on a toujours envie de dire «ouais ça me fait penser à ci, ça me fait penser à ça». Et franchement, tu vois pour moi c’était pas évident de dire «ouais ça ressemble vraiment à ça». Je trouve ça assez innovant.

T : C’est cool ! Après c’est un peu un fardeau parce que les gens aiment bien catégoriser, mettre dans des cases. Surtout les médias par exemple, ils savent pas trop où situer ça. Nous, ça nous plaît parce que c’est vraiment ce qu’on veut faire tu vois. Si toi tu l’as capté, c’est cool ! Mais après, c’est vrai que c’est un peu un fardeau dans la mesure où les gens ont besoin de leurs petites références. Donc parfois ils savent pas où nous mettre. Y en a qui aiment bien, d’autres qui se demandent ce que c’est.

S : Mais après, souvent cette dernière catégorie de personnes, c’est pas les meilleures personnes à charmer, parce qu’ils vont essayer de trouver un truc qui a déjà été fait tu vois. Alors que du coup, ceux qui n’arrivent pas et ne cherchent pas à vous caser arrivent à être encore surpris par de l’innovation et de l’individualité. 

T : Ouais c’est super ! Nous on adore. 

S : Et du coup, comment se construit votre processus artistique ? Qui écrit ? J’ai vu que vous étiez tous un peu à distance. Comment ça se passe  : est-ce que c’est toi qui écris les textes ? Est-ce que ça part au départ d’une compo, ou est ce que vous vous basez sur le texte pour construire la musique en suite ? 

T : En fait y a pas vraiment de lignes directrices. On travaille un peu tous sur ordi, on ramène des bribes de morceaux, des trucs qu’on aime bien. On va le jouer ensemble pour voir si ça sonne, s’il se passe quelque chose. Si c’est le cas, on bosse dessus. La plupart du temps, c’est moi qui écris les textes. Après, on les revoit ensemble pour les choeurs, des histoires de sonorités. Et après, on avance ensemble. Des fois en une répète on peut sortir un titre, des fois ça met 6 mois. 

On aime bien les trucs un peu alambiqués, surtout en live, partir loin. Là, on est en studio pour un nouvel EP, c’est un peu plus carré. Mais quand on est en live, on part un peu dans tous les sens. 

S : Justement, cette influence de la scène et du live, est-ce que c’est pas ça aussi qui, sur votre deuxième EP, vous a affirmé encore plus ? L’énergie que vous avez sur scène, je l’ai vraiment retrouvée sur votre 2ème EP. Ça prend encore plus son sens quand on vous voit en live, mais j’ai trouvé qu’il y avait vraiment une hargne supplémentaire, plus de dynamisme. Est-ce que c’est l’évolution naturelle parce que vous avez eu l’expérience de la scène entre le premier et le deuxième EP ? 

T : Non, en fait c’est une expérience plutôt studio à l’inverse. On fait du studio pour être sur scène, c’est vraiment notre leitmotiv. Nous ce qu’on veut c’est tourner, c’est ce qu’on aime, la prise de risque. Sur le premier EP, on avait moins réussi à retranscrire l’énergie live qu’on aimait. Sur le deuxième, on a un peu plus réussi, même si on aimerait faire encore mieux sur le prochain. 

On a appris à faire différentes choses, on travaille avec d’autres personnes qui ont capter notre délire et mis plus en avant certaines choses sur la prod. 

S : Comment vous enregistrez en studio ? Certains groupes très effervescents en live enregistrent en condition de scène : en jouant tous ensemble, en prenant parfois la prise où il y a eu quelques accrocs, mais où il s’est vraiment passer un truc, la magie de l’harmonie. 

T : Nous, on a pas fait ça encore. On sépare un peu les pistes. C’est aussi une volonté de notre part vu qu’on essaie de faire un traitement assez électro. À chaque fois, c’est un dosage, c’est-à-dire, on va tout jouer, et on va reprogrammer derrière avec d’autres textures pour avoir un peu les bases, les subs de l’électro, avec des guitares plus flottantes, un peu à la british. On cherche un petit équilibre à trouver. Faire de la prise live pour l’enregistrement, c’est un peu compliqué avec ce qu’on veut faire et les gens avec qui on bosse. On va sur de l’enregistrement pistes par pistes pour pouvoir retraiter derrière. Peut-être que sur le prochain on le fera, on se laisse l’opportunité.

S : Du coup, prochain EP en préparation ? 

T : Ouais c’est ça ! Pour 2020 ! Après on repart en tournée ! 

S : J’espère vous voir sur une scène ! Vous avez une identité esthétique, visuelle comme musicale, qui est assez aboutie. C’est quoi vos références musicales, artistiques, qui vous ont changé, qui ont influencé les artistes que vous êtes aujourd’hui ? 

T : Bonne question ! Moi j’ai été bluffé par les Doors : j’ai connu la musique avec Jim Morrisson. Je trouvais qu’il y avait un truc dans le son hyper nouveau, moderne avec des textes hyper orienté pour la jeunesse. L’album qui m’a retourné c’est This Is It, des Strokes, qui pour moi est major. 

S : Belle réf ! Je les ai vu à Lollapalooza cet été, j’étais comme une dingue ! 

T : Ouais je les ai vu au Summer Festival à Londres. C’était ouf ! Après les mecs ils font le taff à l’américaine, ils arrivent ils ont des tubes et ils se cassent. Mais en même temps, t’es tellement content de les voir ! 

S : Grave ! Tu voyais qu’ils avaient plus trop d’alchimie, qu’ils étaient là parce qu’il fallait le faire, mais t’es quand même content de t’exciter sur Last Nite en live c’était assez fou ! 

T : (rires) Complètement ! Énorme claque ! Après pour moi, y a eu aussi les Arctic Monkeys mine de rien. Moins fan de ce qu’ils font maintenant, parce qu’ils ont aussi évolué, mais les deux premiers albums pour moi c’est gigantesque. 

S : Je pense qu’on est de la même génération de 90s kid : c’est aussi tous les trucs qui ont bercé mon adolescence. 

T : Complètement ! C’est ça ! Après y a eu les Klaxons, un peu british. On est hyper fan des Raptures. Tout ces groupes qui font un peu ça, Hot Chip aussi. Foals ont ce côté là aussi, surtout leur dernier album, ce mélange un peu rock électro mais en même temps un peu vénère, nous c’est ce qu’on aime bien. 

Les Klaxons pour moi ça a été une vraie claque en live, aux Eurockéennes. On y va depuis 10 ans tu vois, c’est là où on s’est pris nos plus grandes claques. 

Très grosse claque aussi pendant Slipknot. Je me suis littéralement pris une claque en live (rires). 

S : La volonté de mettre de l’électro, ça vient de cette influence là ou vous écoutez aussi de l’électro pur à côté ? 

T : On écoute tous de l’électro, j’adore l’électro pur, la techno. Après les études, tu sors un peu plus, tu vas dans des clubs, tu cherches des clubs cool. C’est comme ça que je me suis rendu compte que j’aimais bien la musique bizarre : pas de refrain, pas de paroles. J’ai commencé à kiffer, j’suis parti à Berlin, à Brighton faire des teufs. 

J’aime bien le côté de la techno hyper punchy, incisif, qu’on retrouve dans le rock je trouve. Moi, tous les trucs chill machin avec les petites guitares avec de la réverb, ça m’emmerde. 

S : Les trucs un peu cocktail summer mixtape youtube ? 

T : Ouais voilà, j’en peux plus ! Mais la grosse techno avec du gros sub, c’est ce qu’on essaye de retranscrire aussi dans les morceaux, ce côté gros kick en avant avec de la grosse basse programmée. Je trouve qu’il y a un côté incisif. Aujourd’hui, avec la techno en plus (dans les pays de l’Est notamment) y a un côté hyper revendicateur, dans les messages, les mouvements sociaux, ce qui est moins présent dans le rock aujourd’hui. 

S : Vous avez fini vos études : vous avez fait quoi avant de décider de vous consacrer à Caesaria ? 

T : Nous, on vient de Belfort, on a des parcours un peu différent. Louis il a fait musicologie, Thomas était dans l’audioprothésie, Cédric était prof de batterie et moi école de commerce parce que je savais pas quoi faire. Maintenant, voilà, c’est fait. 

Là y en a 3 à Strasbourg et moi je suis à Paris, ça se fait. Là on est en studio à Strasbourg pendant une semaine, je dors chez Thomas. 

S : Tiens, quand on aura le temps, tu m’enverras tes 10 titres sans lesquels tu pourrais pas vivre ? J’te laisse m’envoyer ça par message si c’est plus pratique pour toi. 

T : Pas de problème, attends j’peux te le dire comme ça si tu veux ! 

S : Ah ouais ? Bah tiens, vas-y, si ça se trouve sous la pression tu vas me dire un truc honteux, genre Patrick Sébastien !

T : Ouais de ouf «Patrick Sébastien – Joyeux Anniversaire» (rires). Attends, j’essaye d’aller vite, alors je mettrais Is This It des Strokes, euh…. attends bouges pas…. 

S : Ça check le spotify en même temps !

T (rires) Tellement ! Alors Inhaler des Foals. Euh… en fait t’as raison c’est chiant, j’vais te l’envoyer. Et puis mes derniers trucs sont un peu obscurs. 

S : Comment tu fais tes découvertes musicales ? Spotify, youtube, concerts ? 

T : Moi je geek beaucoup, je regarde ce qui se fait, sur des labels que j’aime beaucoup pour lesquels j’ai un oeil attentif. Après, beaucoup sur Youtube ou au hasard des concerts et des festivals, on découvre des trucs. Après, j’ai la chance d’avoir des amis autour de moi, outre Caesaria, qui sont beaucoup branchés musique et qui écoutent beaucoup plus de trucs que moi, donc c’est une vraie source d’inspi. 

S : Ah t’as des copains à côté de Caesaria ? C’est fou ça ! (rires). 

T : (rires) Ouais ouais j’te jure ! Je suis déjà sorti sans Caesaria et c’était ouf  ! 

S : (rires) Wahou le monde s’ouvre à toi !
Vous avez beaucoup tourné pour votre dernier EP : c’était quoi votre date préférée ? 

T : Ah bah c’était à la Paille, parce que t’étais là ! Non en vrai bah je sais pas, c’était hyper cool, c’est chiant comme réponse haha. Non vraiment, la Paille, c’était vraiment chouette. 

S : C’est vrai que les gens à La Paille était en folie devant vous ! Vous vous êtes bien démerdés ! 

T : Ouais c’était cool, les gens étaient hyper réactifs ! 

S : Vous avez vraiment défoulé le public comme peu de groupes ont su le faire ce weekend-là. Peut être Ultra Vomit.. 

T : Ah ouais ? Ultra Vomit c’était bien ? 

S : … c’est Ultra Vomit.. Tu sais que ta vie sera plus la même après. 

T : (rires) Ouais c’est ça t’as changé après. Premier jour du reste de ta vie ! 

S : Sur ces belles paroles, merci beaucoup pour ce petit moment : c’était très cool ! À bientôt !

T : Merci à toi ! À très vite ! 

PS : reste dans le coin pour retrouver très vite la playlist des essentiels de Théo !

Sarah Yarmond