Nice est une ville que j’affectionne tout particulièrement. Tout simplement, parce que j’y ai vécu. J’ai vu la mer de ma chambre, j’ai saigné des pieds sur les galets, j’ai dormi sur les chaises bleue, pris des cuites phénoménales dans les bars du vieux Nice. J’ai passé des heures à construire des châteaux en Espagne avec ma grand-mère. J’y ai mes habitudes.

Il est impossible de décrire correctement le sentiment que vous procure une ville d’enfance, la douceur que vous ressentez à son évocation et l’amour aveugle que vous lui portez. Nice, est pour moi, cette ville.

L’année dernière, un festival a pris ses marques dans ma ville d’enfance. Le Crossover organisé par Panda Event. Rien de plus merveilleux que de combiner passion et passion.
J’allais shooter des artistes que j’aime dans une ville que j’aime. Faut pas m’en demander plus. L’année dernière, j’avais eu l’occasion de monter sur scène avec Angèle, et j’avais eu un coup de foudre pour Lucy de Lomepal.

Cette année, j’ai vécu les deux jours intensément (j’ai même acheté un t-shirt du merch de Roméo Elvis c’est pour dire) mais j’en garde un petit goût amer.

L’édition 2019 commença avec une petite heure de retard. L’attente au soleil en énerve plus d’un, attendre avant un concert, à l’extérieur de l’enceinte alors que l’on sait que l’on pourrait déjà boire une bière et danser. C’est sûr ça irrite.

Pour ma part, je suis arrivée à 19h30. Sans aucune pression (je sais, moi aussi je trouve ça agaçant). J’ai assisté au concert de Pépite, dans le théâtre de verdure. Petit îlot de culture face à la mer, il abrite des représentations de tous genres. Ce soir, il sera musique. La chance du photographe est de pouvoir accéder aux recoins de scène. Se loger entre les consoles de musiques, photographier l’artiste surplombant la foule (quand il y en a). J’ai pu observer ce groupe Pépite, se mouvoir et prendre forme sur scène, le tout l’oeil accroché derrière mon objectif.

Contrairement à l’année dernière où les concerts avaient uniquement lieu au théâtre de verdure, cette année, le Crossover investit une partie de la place Masséna. Il y a donc deux scènes. Plus d’artistes, plus de scène (logique). Entre chaque concert, on observe une heure de battement. Oui, il faut le temps d’aller prendre une bière, acheter du merchandising, danser devant le soundsystem redbull, traverser l’UNIQUE accès qui sépare les deux scènes, chercher le coin presse – 1h c’est bien, mais c’est court. Parce que : 1. heureusement je ne buvais pas ce soir-là.

2. Ça c’est rapide « bonjour, le t-shirt parano en L – Merci aurevoir »

3. Je me suis retrouvée devant par hasard après l’épreuve de la traverser (voir 4)

4. Les douze travaux d’Hercule. En une allée. Je vous jure. Un seul accès. Pour x gens. Sérieux ? Pour que vous compreniez, c’est comme si vous étiez coincé dans un rayon de Zara lors des soldes. Il y a  des grandes introspections qui se perdent.

5. Je le cherche encore. Pas de coin presse, pas de presse. Pas de presse, pas de presse. Alors oui, j’ai été très très mal habitué – entre le Garorock, le We love Green ou le Lollapalooza, j’ai visité des coins presse digne des plus grands palais. Donc j’ai naïvement pensé que c’était une constante. Quand bien même, je ne m’attendais pas à un palace, mais une petite cabane sousles palmiers. Avec les conditions photos, les autorisations, des casiers enfin touuuussaaaa quoi.

Sans coin presse, un photographe/journaliste se retrouve « homeless ». Il doit donc aller à la rencontres des autres de son espèce directement devant le crash barrière. Premier constat, ils se connaissent tous. Ils ont déjà tous travaillé sur « Les Plages Électroniques » à Cannes (autre festival de Panda Event). Du coup, j’amorce une feinte par la droite « Bonjour. Moi c’est Miléna, je vais être avec vous en crash barrière, je fais 1m61, j’suis sympa, mais franchement vous êtes beaucoup tous trop grand, donc soyez cool. C’est par où l’entrée du crash ? » Ils m’ont pas vraiment répondu, j’aurais dû apporter de la bière. D’où l’importance d’un coin presse, pour qu’on communique en amont tous ensemble.

Il y a beaucoup de monde pour ce vendredi soir et pour cause. La programmation est assez alléchante. Therapie Taxi, Nekfeu, Columbine, Pepite… du bon son pour les truands. L’espace devant la grande scène est plein à craquer. Le crash est super haut. Vraiment haut. Je suis encore en train de calculer comment je vais faire pour réussir à photographier les artistes du haut de leur perchoir, quand j’aperçois un photographe grimper sur les consoles disposées de part et d’autre de la scène. J’attends un peu, observant la sécurité, attendant le drame, le combat entre le photographe qui veut rester perché et security man qui l’en empêche. Mais rien ne se passe. Chacun dans son coin, ignore l’autre. Ni une, ni deux, je grimpe à mon tour sur une console, je suis si grande. Je domine la foule, et je ne perds pas une minute. Je vise mon oeil et commence à photographier et là, la musique s’arrête, les lumières s’éteignent et le security man me dit « il faut sortir c’est la fin des 3 chansons » ! BOUBOUBOU ULTIME FAIL ! J’ai un seum proche de la Belgique, mais je quitte le crash barrière.

Je ne me ferais pas avoir pour les prochains. Ah ben non, c’est Nekfeu, pas de photo chez Nekfeu. Pas de crash barrière. Bon ben, y’a plus qu’à – essayer de trouver un perchoir pour photographier Nekfeu quoi qu’il arrive. Nouvelle traversée de l’angoisse. Je trouve au final une brèche sur le côté, et la devant la régie, des barrières, des gens dessus. Ok. Maintenant faut grimper. Au bout du 3ème essaie, j’y arrive. Le monde commence à s’agglutiner. On ne voit plus grand chose. Le Crossover est plein, et le fennek arrive pour mettre le feu. Une arrivée sur scène ultra bouillante avec « Cheum » et une foule qui ne forme plus qu’un. Moi, j’ai l’oeil dans mon objectif, je chante et je suis si peu stable sur ma barrière qu’on dirait Bambi sur la glace. Au final, arrive ce qui devait arriver, je tombe. Personne ne me demande si ça va, Nekfeu vient d’entamer « Martin Eden », les gens sont trop occupés à hurler « on veut se mettre biiiiiiiieeeeen » plutôt qu’à soutenir la gourde que je suis. J’arrête les frais et je me mets à profiter du concert, un peu en retrait. J’observe les gens, ça danse et surtout certains sont en hauteur sur des grilles acérés. Comment ? 1. C’est haut, 2. C’est super dangereux, 3. Putain j’suis deg de ne pas y avoir pensée avant.

Le concert fini en apothéose, je suis partie un peu avant pour éviter la traversée de l’angoisse. Encore.

Demain, ça sera une bonne soirée. Roméo Elvis, The Avener et surtout Louis-Marie.

Après avoir passé la journée à la plage (je sais c’est dur), je retrouve Louis-Marie. Louis-Marie, c’est l’oeil magique qui se trouve derrière les reports vidéo de The Avener. On s’est connus au Bordeaux Open Air et depuis je suis son travail avec passion. Je vous en dirai plus bientôt. Je lui montre un peu ma ville, enfin une rue de ma ville car on n’a pas beaucoup de temps. De retour sur le site du festival, j’oscille encore entre la grande scène et le théâtre de verdure. Roméo Elvis va bientôt monter sur scène. Sauf que le crash barrière ne commence qu’à partir de la 4ème chanson, alors avec mes amis photographe on attend. C’est mon troisième concert de Roméo cet été et à chaque fois je suis bluffée. Il se métamorphose, joue avec son public, se rend complètement malade sur Parano (double référence). Un vrai artiste qui offre au public niçois, une merveilleuse prestation. De mon côté, je suis déjà sur la console de musique, ce coup-ci, j’y suis diiireeect ! Et je shoot, shoot cet artiste qui me plaît et je chante, chante c’est ma façon d’aimer !

En vrai, heureusement que j’ai pris mes aises sur les consoles en hauteurs car au bout d’une chanson, on a du sortir pour laisser la place aux autres. Comme dirait Orelsan, le crash barrière c’est devenu Babylone. Toujours avec mon seum proche de la Belgique, je rejoins le théâtre de verdure pour assister au concert de VSO. Visions sans organe ? Victoire sans orgasme ? Verbe sujet objet ? Le mystère reste entier.

Je ne suis pas emballé par l’énergie des trois lascars, mais je me laisse porter par la magie du lieu. Le Crossover est vraiment niché dans un havre de paix, ça change de tous ces festivals où voit l’horizon avant la scène.

L’heure de The Avener arrive et on nous laisse entrer en crash barrière pour les trois premiers titres. Mais ça gueule un peu entre le security man et certains photographes. La cause ? Il nous a fait rentrer 3 minutes après le début. En passant devant lui je l’entends marmonner «  façon vous allez rien voir, y’a un écran » et ben oui. Je n’ai rien vu, il y avait un grand écran. Et un The Avener tout petit tout en haut. Ultra pratique. Je suis sorti du crash. Attendant le feu vert de Louis-Marie pour crapahuter sur la régie. La régie, autre lieu stratégique du photographe. En face de la scène, surélevée, c’est l’un des meilleurs endroits pour shooter. Mais c’est aussi, parfois, un lieu interdit. Du coup, là j’étais ultra heureuse de pouvoir y accéder. Surtout avec mes accidents barrières de la veille. Louis l’amour se hisse tout en hauteur pour filmer de tout en haut (cqfd) et moi je me campe face à The Avener et je shoot, shoot (oui non promis je recommence pas)

Quel show. Vraiment incroyable. Le son, l’image, le public tout est réuni pour clôturer ce Crossover en beauté. Et une belle découverte pour moi, car j’écoutai beaucoup (comme Obama y’a quoi) mais je ne l’avais jamais vu en live. Et bordel c’est beau.

Je quitte le Crossover le sourire aux lèvres, enchantée de vivre ces émotions dans ma ville de coeur. Mais vraiment l’année prochaine, mettez-moi un coin presse.

bisous